Résumé de la situation de la Covid-19 dans le complexe carcéral de Torah - 3 juillet 2020

Il y a une censure totale sur les nouvelles et les informations dans les prisons au sujet du coronavirus qui rend les détenus dans l’ignorance de ce qui se passe en dehors des murs de la prison. Lorsque les détenus questionnent des informateurs ou des agents de sécurité ils reçoivent invariablement la réponse suivante : « tout va bien ; il n’y a pas d’infection, ce sont des rumeurs ». Au bout d’un certain temps il fut admis qu’un employé avait été infecté légèrement et qu’il avait été soigné et que « tout allait bien ». C’est pourquoi les informations suivantes pourraient être incomplètes ou redondantes à cause du manque d’informations précises dont on dispose.

 Nous sommes persuadés que les administrateurs de la prison sont peu conscients que la Covid-19 en Egypte suit une croissance exponentielle et qu’elle peut s’accélérer très rapidement comme au Brésil, avec la seule différence du degré de transparence entre les deux Etats. Il n’existe pas non plus de conscience du fait que la contagion peut se transmettre pendant la période d’incubation qui est de quatorze jours. Les détenus ne sont aucunement sensibilisés à la maladie, sa gravité, ses modes de transmission, et aux moyens de prévention et de traitement ; et il y a une rétention délibérée de la circulation de l’information à ce sujet.


 Au début, au mois de mars, le personnel pénitentiaire portait des masques et des gants et du chlore était vaporisé à des fins de stérilisation. Puis au bout d’un mois et demi à peu près, il y eut un retour complet à la situation antérieure : ni masques, ni mesures de protection. Uniquement à l’entrée ou à la sortie de la prison il y avait prise de température et aspersion au chlore.


 Après une dénégation de trois semaines de l’existence de cas de Covid-19 dans le complexe pénitentiaire de Torah, nous avons appris que la maladie commençait à se propager à la prison de Limane puis à celle de Istiqbal et que le théâtre de la prison avait été transformé en lieu de quarantaine. Puis nous apprîmes l’apparition de cas dans la prison de haute sécurité numéro 1 (connu sous le nom de scorpion 1) dans le quartier numéro2. Puis les cas se sont répandus dans la prison des interrogatoires. Puis les personnes atteintes furent transportées à l’hôpital de la prison de Limane. Avec l’augmentation des cas, les malades furent transférés au Nouvel hôpital de Minya. Avec le développement de la situation, les cas critiques sont transportés à l’hôpital des maladies infectieuses de Imbaba. Il y a une semaine, ont commencé à apparaître des cas au quartier de Zeraa de la prison de Torah. Aucune information ne nous est parvenue en ce qui concerne l’annexe de l’hôpital de Mazraa et l’hôpital de Mazraa (où la densité est moindre et où se trouvent les personnes âgées et les malades) ni en ce qui concerne la prison de haute sécurité numéro 2 (Scorpion 2).

 


 Il n’y a ni responsable du suivi de la Covid-19 ni un médecin spécialiste dans chaque prison. Le médecin résident n’est pas compétent et n’applique pas le protocole afférent aux cas morbides et infectieux en prison. Il n’y a non plus aucune distribution de booster de défenses immunitaires ou de vitamine C. Il y a une pénurie permanente de médicaments dans la pharmacie de la prison, sans compter la médiocre qualité des médicaments et de leurs composants actifs. Ajoutons que les hôpitaux des prisons de Limane et de Mazraa ont été fermés depuis le mois de mars avec l’apparition de la Covid-19. Ils ont été ouverts avec l’apparition des cas de la prison des interrogatoires. Pendant trois mois était refusée toute demande de détenu nécessitant un traitement et un transport à l’hôpital, il lui était uniquement délivré des analgésiques. Par exemple : les médecins spécialistes de la prison de haute sécurité numéro 2 (Scorpion 2) viennent ausculter une seule fois par semaine pendant une heure seulement et ils n’ont pas pu venir en avril à cause du coronavirus.

 


 Le complexe carcéral des prisons de Tora n’a qu’une seule boulangerie qui nourrit de pain toutes les prisons. Une seule personne infectée à la boulangerie est capable de transmettre la maladie et la propager par l’intermédiaire des distributeurs du pain et des fruits et légumes des repas de la prison puisque les prisonniers de droit commun artisans se déplacent des cuisines aux cellules des détenus sans se soumettre à des instructions ou à des mesures de prévention comme s’il n’y avait ni épidémie ni contagion.
 Les chambres et les cellules sont surpeuplées et lorsqu’un des détenus est atteint de la Covid-19, l’ensemble de la cellule est isolée sans opérer d’analyse ou d’examen médical ce qui favorise la propagation du virus.


 Bien que l’exposition au soleil, l’aération et les boissons chaudes sont importantes pour affronter le virus, les détenus des prisons de haute sécurité 1 et 2 sont privés de promenade et de bouilloire (par conséquent de boissons chaudes) depuis plus d’un an. Les détenus des autres prisons de Torah sont privés d’exercice et d’aération sous prétexte de mesures de distanciation pour cause de coronavirus.


 Le personnel des quartiers (un sergent, un chef, trois agents) assure des périodes de trois jours à l’intérieur de la prison ; ils retournent à leurs gouvernorats ou à leurs affaires, empruntent les transports en commun et par conséquent constituent les facteurs les plus importants de transmission de la maladie dans un lieu confiné et surpeuplé comme les prisons.


 Dix prisonniers ont été transférés comme mesure punitive de la prison de haute sécurité 2 à la prison de haute sécurité1 1 parce qu’ils avaient demandé que les agents de sécurité et les artisans des cuisines et de la distribution portent des masques et des gants et adhèrent aux mesures de prévention. Selon des informations obtenues, un certain nombre de ceux qui ont été transférés ont attrapé la maladie car cette prison renfermait déjà des cas avant leur transfert. Par conséquent l’action commise à leur encontre peut être considérée comme un crime contre l’humanité.

Par conséquent nous soulignons l’importance d’envisager ce qui suit :

 Adopter une position de droit unifiée en ce qui concerne la crise de coronavirus dans les prisons égyptiennes.

 Développer des politiques, des recommandations et des demandes afin de résoudre la crise et de mettre un terme à ce crime contre l’humanité.

 Organiser une campagne de solidarité afin de briser le silence et activer le soutien aux prisonniers.

 Sensibiliser les familles des prisonniers et des détenus en ce qui concerne ce que doivent contenir les colis destinés aux leurs en matière de traitement et de prévention.

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